Rencontre entre Cameroun Tribune et l'ambassadeur de Turquie au Cameroun

Ambassadeur camer

Murat Ülkü, ambassadeur de la République de Turquie au Cameroun à Cameroun Tribune

L’actualité chaude de la Turquie est liée à la tentative de coup d’état survenue il y a quelques semaines. Au lendemain de ces événements, comment va la Turquie ?

Le peuple turc a vécu une situation difficile le 15 juillet au soir. Un groupe de putschistes appartenant à l’organisation terroriste dirigée par Fethullah Gülen a mené une tentative de coup d’Etat dans laquelle, pour la première fois, des avions de chasse ont bombardé le Parlement et des terroristes en uniforme militaire ont tiré sur le peuple et ont écrasé des gens avec des chars. Cela relève de l’inédit en Turquie. Certes, on a eu des coups d’Etat dans le passé, mais cette fois-ci c’était bien de caractère criminel. On a fait face à un assaut de lâches. Heureusement, le peuple turc a démontré sa détermination à sauvegarder la dé- mocratie. La présidence a été attaquée et les putschistes ont essayé d’assassiner le président Erdogan. Mais en répondant à l’appel du président Erdogan via les réseaux sociaux, le peuple turc a résisté à Istanbul et à Ankara. Malheureusement, nous avons enregistré des martyrs. Au moins 246 personnes sont décédées. C’est le groupe de Fethullah Gülen qui est au cœur de cette conspiration. C’est un prédicateur et un imam vivant en Pennsylvanie aux EtatsUnis. Son mouvement s’est présenté comme une organisation de charité active dans le domaine de l’éducation en Turquie et à l’étranger. Beaucoup de gens l’ont applaudi. En apparence, son but était de promouvoir l’amitié et la tolérance sur le plan international. Bref, tout ce qui est bon à entendre. Cette organisation a mis en place des ONG, des journaux, des chaînes de télévision, des banques et des entreprises. Aujourd’hui, ces gens-là contrôlent des milliards de dollars à travers le monde. En Turquie, l’organisation a réussi à infiltrer toutes les structures d’Etat (l’administration, l’armée, la police, la justice etc.). Bien que clamant qu’elle n’avait pas de problème avec la laïcité, son but ultime était de s’emparer de l’Etat turc et de lui donner une orientation non laïque. Avant le putsch, le groupe Gülen avait déjà été poursuivi par la justice sur plusieurs dossiers : diffamation, écoutes téléphoniques illégales, fabrication de fausses preuves etc. La tentative de putsch est venue faire tomber les masques de ces terroristes en uniforme. Le peuple ne va jamais pardonner ceux qui bombardent le Parlement et tirent sur les civils. Mais le résultat de la tentative de putsch est plutôt positif au regard de l’unité du peuple turc. Tous les partis politiques représentés au Parlement ont fait une déclaration conjointe pour condamner le putsch et le peuple est sorti dans la rue pour soutenir la République et le système démocratique. Grâce au courage du peuple, le chapitre des coups d’état en Turquie est clos. Mais c’est une cicatrice qui ne va pas disparaître. Car, même lors de notre guerre d’indépendance dans les années 20, on n’avait pas bombardé notre Parlement.

La réaction vive et énergique du gouvernement vis-à-vis des putschistes a été interprétée différemment par une certaine opinion publique internationale. Cela peutil influencer votre relation avec vos partenaires traditionnels ?

Dans l’absolu, les relations de la Turquie avec ses partenaires traditionnels ne devraient pas être affectées. Nous constatons que la communauté internationale a dénoncé très clairement la tentative de coup d’Etat. Toujours est-il qu’il y a certains cercles qui sont influencés par les tentacules de Fethullah Gülen. Ainsi certains médias très prestigieux à l’Ouest ont propagé la nouvelle clamant que le président Erdogan s’est enfui vers l’Allemagne. Pourtant le président a atterri à Istanbul sous la menace d’avions de chasse F-16 utilisés par les putschistes. Il a été encouragé par le peuple turc et pas seulement par ses partisans. Même ses opposants ont salué son courage et sa bravoure. En outre, une agence de presse a annoncé la réussite du putsch au même moment où le peuple turc dispersait les putschistes dans les rues. Aujourd’hui, cette tendance à l’intoxication et à la manipulation continue. Nous pensons qu’en ayant subi une attaque, la République turque a le droit de se protéger, comme c’est le cas pour un individu. Donc l’Etat turc est en train de se protéger parce qu’il a été attaqué. Actuellement en Turquie, l’état d’urgence en vigueur découle de l’article 120 de la Constitution. S’il y a une menace directe contre l’intégrité, la sécurité et même l’existence de l’Etat, le gouvernement peut déclarer pour une durée maximum de six mois l’état d’urgence. Ce n’est pas une atteinte aux droits de l’Homme. Par ailleurs, la Turquie dans le contexte européen a signé la convention des droits de l’Homme. Celle-ci donne le droit de dérogation aux Etats-membres d’instaurer l’état d’urgence comme ça a été le cas pour certains pays européens. Sur les 246 personnes tuées au cours du putsch manqué, 117 sont des civils. L’Etat a le devoir de protéger ses citoyens en prenant des précautions pour éviter la répétition de tels actes. Pendant la durée de l’état d’urgence, le gouvernement aura le droit d’écarter tout suspect au sein de l’administration turque. Mais cela n’a rien à voir avec les libertés des citoyens. Certains disent que c’est une occasion en or de purge des opposants. Il n’en est rien. Fethullah Gülen est exilé aux Etats-Unis depuis 1999 et n’a plus jamais remis pied en Turquie parce que ses ambitions et ses plans sont flous d’après la justice turque. Depuis 2013, il y a eu plusieurs dossiers contre lui. Le nettoyage de l’appareil étatique va se poursuivre. Après cela, tout va se normaliser pour le bien de tout le monde. C’est un tournant historique qui ne va pas affecter nos relations avec nos partenaires. Il y a parfois des différences d’opinions, mais rien de grave. Par ailleurs, nos autorités attendent l’extradition de Fethullah Gülen des Etats-Unis. Nous n’allons pas cesser de la demander. Etant donné qu’ils sont nos amis, nous espérons que les Américains vont faire le nécessaire. A long terme, la Turquie sera plus dynamique et libre puisqu’elle vient de se débarrasser d’un sérieux fardeau. Finalement, tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort !

Vous avez réitéré que la situation intérieure en Turquie ne déteindrait pas sur les relations avec vos partenaires. Quid de la coopération Turco-camerounaise ?

Je salue sincèrement le gouvernement et le peuple camerounais pour les nombreux messages de compassion et de solidarité que nous avons reçus lors de la tentative de coup d’état. Le Cameroun est un grand ami de la Turquie. C’est un partenaire fiable. Nos relations sont très fortes. Il y a beaucoup de dénominateurs communs entre nous. Nous aimons la façon dont le Cameroun prépare le futur. La Turquie a suivi un chemin de développement qui n’était pas facile, mais qui a réussi. Nous admirons ce qui est fait au Cameroun. Ça avance avec assurance vers 2035 et au-delà. Il est clair que le Cameroun va devenir un pivot dans la sous-région Afrique centrale et dans le continent. Comme la Turquie, le Cameroun occupe une position stratégique. En outre, l’aspect cosmopolite du Cameroun nous attache à votre pays, parce que la Turquie est aussi un bastion du multiculturalisme. En sus, les deux pays font front au terrorisme. Nos gouvernements œuvrent pour le vaincre. Et entre nos deux pays, il y a beaucoup d’axes de coopération. Les dossiers économiques et commerciaux sont importants. Dans notre propre histoire, le succès économique que nous avons connu a été impulsé par le secteur privé. Nous aimerions voir le secteur privé camerounais suivre un chemin similaire. Nous saluons le partenariat qui émerge entre les entreprises privées turques et camerounaises. Il y a un échange d’expériences. Le Cameroun et la Turquie en tant que pays en développement partagent des connaissances dans les secteurs de l’agriculture, santé, la formation professionnelle, la femme, la jeunesse etc. Ce sont des secteurs porteurs. Nous avons aussi le volet humanitaire dans lequel, en plus des efforts déployés par diverses agences gouvernementales turques, nos ONG sont actives sur le terrain à travers des activités d’assistance. In fine, nous nous intéressons à la question des réfugiés et y travaillons étroitement avec le gouvernement camerounais. Bref, il y a un rapport de complémentarité entre nos deux pays amis et frères.

Propos recueillis par S.P.E

Interwieu de ambassadeur turqueInterwieu de ambassadeur de Turquie à CT(104.43 Ko)

blog communication

2 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau